Comment fait-on pour enseigner les horreurs de la guerre? Pourquoi devrions-nous continuer à transmettre ces connaissances historiques? On pourrait simplement répondre que c’est par devoir de mémoire. Cependant, l’apprentissage de sujets sensibles, si basé sur des faits et sur une analyse approfondie, permettra d’aller bien plus loin et suscitera l’esprit critique des élèves.

Il est primordial d’avoir les bons outils et ressources en main avant de commencer. C’est d’ailleurs l’objectif de cet article qui vous aidera à enseigner l’histoire de l’Holocauste aux jeunes du primaire et du secondaire.

Pourquoi enseigner l’histoire de l’Holocauste?

Définissons avant toute chose ce qu’est l’Holocauste :

L’Holocauste est la persécution et l’assassinat systématiques de 6 millions de Juifs, organisé par l’État nazi et ses collaborateurs de 1933 à 1945. En plus de commettre le génocide des Juifs, les nazis ont commis le génocide des Roms et des Sinti.

Ils ont aussi persécuté d’autres groupes tels que :

  • les handicapés (programme T4)
  • les homosexuels
  • les peuples slaves
  • les opposants politiques
  • etc.

Voici donc quelques raisons d’enseigner l’Holocauste :

1. Enseigner l’Holocauste permet de faire comprendre l’impact de l’histoire sur notre société

  • L’Holocauste est un événement déterminant de l’histoire de l’humanité qui a ébranlé les fondements de la civilisation occidentale et a modifié la politique et la justice internationales.
  • L’étude de l’Holocauste permet de saisir des concepts centraux comme « démocratie », « dictature », « propagande », « collaboration », « résistance », « intervention », « génocide ».
  • L’Holocauste a eu divers impacts au Canada. Étudier l’Holocauste en rappelant le rôle que le gouvernement et certains citoyens ont joué en périphérie permet de mieux comprendre la société québécoise et canadienne, de même que les communautés juives canadiennes.

Vous pouvez en apprendre davantage sur le rôle du Canada durant l’Holocauste en consultant notre affiche avec la ligne du temps Histoire de l’Holocauste, l’activité pédagogique  Enquête dans les archives – Holocauste, génocide au Cambodge et intervention du Canada ou encore le guide de référence Brève histoire de l’antisémitisme au Canada.

2. Enseigner l’Holocauste permet de faire comprendre l’impact de l’histoire sur les êtres humains :

  • L’analyse de récits individuels d’hommes et de femmes d’origine juive permet d’intégrer une dimension humaine à l’étude de l’Holocauste et de trouver la juste mesure entre l’analyse critique et l’empathie avec les victimes. Les histoires personnelles permettent de rendre compte de l’expérience vécue du point de vue des victimes. Elles permettent également, dans certains cas, d’aborder la question de la résistance armée ou spirituelle des victimes.

Retrouvez des témoignages de survivants sur la section Histoire de survivants de notre site, les expositions virtuelles Récits de vie sur l’Holocauste et Refaire sa vie, ainsi que l’activité pédagogique Enseigner l’Holocauste à l’aide de témoignages vidéo.

3. Enseigner l’Holocauste permet d’étudier le rôle que les individus peuvent avoir sur l’histoire :

  • Étudier les comportements des individus durant l’Holocauste tout en les plaçant dans leur contexte historique, permet tout d’abord de comprendre le pouvoir du citoyen à l’époque. Cependant, l’analyse de ses comportements humains devrait également engendrer des questionnements sur le pouvoir des citoyens aujourd’hui.
  • Ainsi, une étude de l’Holocauste doit présenter les espaces d’initiatives qui demeuraient à la disposition des citoyens, témoins des atrocités commises contre les Juifs. Les actions de sauvetage et les réseaux clandestins d’entraide, bien que marginaux, font aussi partie de l’histoire de l’Holocauste. Par l’analyse d’exemples d’actions de résistance ou d’interventions ayant sauvé des vies humaines, étudier l’Holocauste, c’est contribuer à mieux comprendre le pouvoir du citoyen.
  • L’enseignement de l’Holocauste permet de faire réfléchir sur la nature fragile de la démocratie, l’importance de s’y impliquer et de surveiller les membres au pouvoir.
  • Étudier l’Holocauste contribue à l’éducation à la citoyenneté et aux droits de la personne. Cela fait réfléchir sur des thèmes fondamentaux concernant la vie en société, tels que l’impact néfaste de phénomènes courants comme le racisme, la discrimination et la haine.
  • L’étude de l’Holocauste, de son contexte historique et du nazisme, permet de comprendre qu’un génocide passe par différentes étapes identifiables et qu’il y a moyen de reconnaître ces étapes pour freiner un génocide en cours ou en devenir. La prévention d’un génocide nécessite un engagement à tous les niveaux de la société : de la communauté internationale, des gouvernements et des citoyens.

Comment aborde-t-on le sujet?

Bien qu’il soit essentiel d’apprendre l’Holocauste, il peut être difficile de l’expliquer. Comment en vient-on à détester un individu ou un groupe au point de vouloir le faire disparaître? Comment a-t-on pu laisser un tel événement se produire?

Il ne faut pas voir l’Holocauste comme un seul événement. En effet, ce sont plusieurs éléments individuels ou groupés qui ont conduit au génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Chacun d’entre eux doit être analysé objectivement afin de mesurer l’ampleur du crime, l’impact des décisions politiques, mais aussi le comportement des personnes derrière les actes.

Les génocides, purifications ethniques et même les actes terroristes sont des sujets sensibles qui peuvent susciter des réactions et des émotions vives. L’importance de bien saisir les faits historiques et de ne pas tomber dans la subjectivité est donc primordiale.

Nos cartes et chronologies interactives peuvent vous aider à mettre les événements de l’Holocauste en contexte.

Évitez la généralisation

Il est facile de tomber dans le piège de la généralisation si l’on ne fait pas attention. Tous les Allemands n’étaient pas nazis, tous les génocides ne sont pas pareils, etc. Encouragez vos élèves à faire la distinction entre différents événements historiques de même nature et mettez-les en contexte. D’ailleurs, essayez de garder une certaine complexité dans votre explication et dans vos réponses. Bien que vous manquiez de temps pour explorer en profondeur tous les aspects du sujet, incitez vos élèves à analyser les événements.

Ainsi, vous les laissez étudier le contexte historique et les circonstances sans qu’il y ait de réponses du type : noir ou blanc.

Ne racontez pas cette histoire qu’avec des chiffres

Dans la même optique que le point précédent, l’utilisation de statistiques doit être faite avec parcimonie. En misant uniquement sur des chiffres globaux, nous passons à côté de ce qui est réellement important : l’humain. Il est beaucoup plus facile d’avoir de l’empathie pour une personne à laquelle on peut s’identifier plutôt que pour un nombre estimé en million.

L’élève doit voir les individus derrière l’Holocauste. Qui étaient ces personnes persécutées? Qui étaient les persécuteurs? Quels étaient leurs noms, leur histoire et leurs motivations? C’est en utilisant des documents provenant de sources sures que vous allez y arriver. D’ailleurs, les témoignages des survivants et les lettres sont à utiliser.

Par contre, évitez de déshumaniser les persécuteurs. Bien qu’il ne faille pas atténuer l’ampleur des faits, ne tombez pas dans le piège de la démonisation. Tous les nazis n’étaient pas des psychopates. Vous avez le devoir d’enseigner l’Holocauste sous tous ses angles et de présenter les différents facteurs qui l’ont rendu possible (contexte politique et économique, racisme, antisémitisme, etc.).

Prenez le temps de sonder votre classe

Avant de débuter, posez des questions ouvertes afin de tester leur compréhension du sujet. Qu’est-ce qu’un génocide? Qu’est-ce que l’antisémitisme? Bien que vos élèves n’aient certainement pas toutes les réponses, il est important de connaître l’ampleur de leurs connaissances. Cela vous permettra de mieux fixer les objectifs de l’enseignement et d’adapter l’information qui sera transmise.

Soyez conscient de la sensibilité des jeunes faces au contenu

Apprendre l’histoire de l’Holocauste peut être traumatisant pour certains enfants. Les images, les supports audio et vidéo peuvent toucher une corde sensible. Privilégiez les histoires montrant la vie avant la guerre, la résistance et la libération. Allez-y en détail, sans pour autant tomber dans la romance.

Évitez la diffusion excessive d’images des camps de la mort à la Libération, des unités mobiles de tuerie (Einsatzgruppen), ainsi que tout autre support qui pourrait traumatiser l’élève. L’objectif premier est de le sensibiliser positivement.

Nous suggérons d’utiliser, par exemple, l’activité pédagogique Le Coeur d’Auschwitz ou d’analyser les artefacts de la catégorie « Résistance » de notre collection Objets pharesconjointement avec notre Fiche d’analyse d’un artefact, pour discuter des thèmes de la résistance et de la solidarité durant l’Holocauste.

Livre de recettes composé de papiers récupérés dans l’usine où travaillait Edith Gluck. Ils sont reliés par une ficelle, également trouvée dans l’usine du camp. Près de 200 recettes sont écrites dans ce livret qu’Edith a caché au camp de Lippstadt, en Allemagne. (Photo : Peter Berra)
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Livre de recettes composé de papiers récupérés dans l’usine où travaillait Edith Gluck. Ils sont reliés par une ficelle, également trouvée dans l’usine du camp. Près de 200 recettes sont écrites dans ce livret qu’Edith a caché au camp de Lippstadt, en Allemagne. (Photo : Peter Berra)

Cettre lettre clandestine témoigne des échanges entre Charles Kotkowsky et un groupe de résistants du ghetto de Varsovie. © Musée de l’Holocauste Montréal
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Cettre lettre clandestine témoigne des échanges entre Charles Kotkowsky et un groupe de résistants du ghetto de Varsovie. du ghetto de Varsovie. © Musée de l’Holocauste Montréal

Ce carnet en forme de coeur est une carte de souhaits offerte à Fania Fainer pour son 20e anniversaire, le 12 décembre 1944, lorsqu'elle était à Auschwitz.  du ghetto de Varsovie. © Musée de l’Holocauste Montréal
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Ce carnet en forme de coeur est une carte de souhaits offerte à Fania Fainer pour son 20e anniversaire, le 12 décembre 1944, lorsqu'elle était à Auschwitz. du ghetto de Varsovie. © Musée de l’Holocauste Montréal

Finalement, il est compréhensible que le sujet de l’Holocauste puisse être ardu et même affligeant. Toutefois, vous n’êtes pas seul dans votre initiative d’enseigner l’Holocauste. Nous avons une banque de ressources et de matériel pouvant être très utile à votre cours. Comme nous l’avons mentionné un peu plus haut, il faut montrer les humains qui font l’histoire de l’Holocauste. C’est avec des témoignages et des histoires personnelles que vos élèves développeront de la compassion et de l’empathie et comprendront la société dans laquelle ils vivent.

Pour lire plus sur comment enseigner l’histoire de l’Holocauste, consultez les articles suivants :

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