Entre 1904 et 1908, plus de 80% de la population des Hereros et 50% des Namas de Namibie sont assassinés par les soldats allemands.

Situation avant le génocide

Au 19e siècle, la Namibie, pays d’Afrique australe, est peuplée de plusieurs groupes ethniques : San, Damara, Ovambo, Nama et Hereros. Les Namas et les Hereros, éleveurs de bétails, sont les deux principales tribus du pays.

En 1884, l’Allemagne envahit le territoire namibien et fonde la colonie du « Sud-Ouest africain allemand ». L’intérêt des colons s’accroît après la découverte de diamants en 1894.

Faits déclencheurs du génocide

Une politique de confiscation systématique des terres et l’arrivée de colons de plus en plus nombreux repoussent les éleveurs hors de leur territoire.

Le 12 janvier 1904, les Hereros se rebellent. Guidés par leur chef, Samuel Maherero, ils attaquent une garnison allemande à Okahandja.

Déroulement du génocide

En juin 1904, le général allemand Lothar von Trotha est envoyé en Namibie pour réprimer la révolte Herero. Il arrive en Namibie avec 10 000 soldats et un plan de guerre.

Le 11 août 1904, lors de la bataille de Waterberg, les soldats allemands encerclent les Hereros. Ils ont pour ordre de ne faire aucun prisonnier. Plusieurs milliers d’Hereros réussissent tout de même à s’enfuir vers le désert du Kalahari. Les soldats allemands ont empoisonnés les rares points d’eau et ils ont l’ordre de tirer sur tout Herero tentant de revenir dans les terres. Ainsi, en quelques semaines, des milliers de Hereros meurent de faim et de soif.

Von Trotha signe l’ordre de tuer tous les Hereros, le 2 octobre 1904 :

« Les Hereros ne sont dorénavant plus sujets allemands (…). Tout Herero aperçu à l’intérieur des frontières allemandes [namibiennes] avec ou sans arme, avec ou sans bétail sera fusillé. Je n’accepterai plus désormais les femmes et les enfants, je les renverrai à leur peuple ou les laisserai être abattus. »

Les Hereros qui survivent au désert sont emprisonnés dans des camps de concentration et soumis à l’esclavage. Des milliers de femmes sont victimes de violences sexuelles infligées par des soldats allemands.

Le docteur Eugene Fischer procède à des expérimentations médicales sur les enfants issus de ces viols. Il en déduit que les enfants nés d’union mixtes sont « inférieurs » à leurs pères allemands. Ses recherches inspirent Adolf Hitler.  Dans les années 1930, Fischer enseigne ses théories racistes aux docteurs nazis. Un de ses étudiants, Joseph Mengele, sera responsable des expérimentations médicales dans le camp d’Auschwitz-Birkenau.

Survivants Herero après leur fuite dans le désert aride d'Omaheke, dans le Sud-Ouest africain allemand (Namibie actuelle).© Collection J.B. Gewald/ Courtoisie de la Vereinigte Evangelische Mission Archiv, Wuppertal.DR
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Survivants Herero après leur fuite dans le désert aride d'Omaheke, dans le Sud-Ouest africain allemand (Namibie actuelle).© Collection J.B. Gewald/ Courtoisie de la Vereinigte Evangelische Mission Archiv, Wuppertal.DR

Shark Island, Lüderitz, Namibie. Autrefois une île, c'est maintenant une péninsule. 
Le camp de concentration de Shark Island s’y trouvait entre 1905 et avril 1907, pendant le génocide des Hereros et des Namas de 1904-1908. C'est maintenant un camping. © Johan Jönsson, CC
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Shark Island, Lüderitz, Namibie. Autrefois une île, c'est maintenant une péninsule. Le camp de concentration de Shark Island s’y trouvait entre 1905 et avril 1907, pendant le génocide des Hereros et des Namas de 1904-1908. C'est maintenant un camping. © Johan Jönsson, CC

Inscription sur une plaque métallique commémorant les victimes Hereros et Namas de la bataille de Waterberg/Ohamakari, dans le Sud-Ouest africain allemand (actuelle Namibie). La plaque se trouve près du monument anticolonial de Bremen, en Allemagne. © Chrischerf, CC
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Inscription sur une plaque métallique commémorant les victimes Hereros et Namas de la bataille de Waterberg/Ohamakari, dans le Sud-Ouest africain allemand (actuelle Namibie). La plaque se trouve près du monument anticolonial de Bremen, en Allemagne. © Chrischerf, CC

Après le génocide

Après la Première Guerre mondiale, le Sud-Ouest africain est placé sous l’administration de l’Afrique du Sud. Un système d’apartheid est créé. À partir de la fin des années 1940, différents groupes se battent pour l’indépendance. En 1968, les Nations Unies reconnaissent le nom de Namibie. En 1990, le pays accède enfin à l’indépendance après le retrait de l’Afrique du Sud.

Reconnaissance du génocide des Hereros

En 1999, on découvre d’importants charniers dans le désert de Kalahari. Les Hereros demandent à ce que soit reconnue la présence des corps des victimes du génocide de 1904. Mais, le gouvernement namibien, soucieux de maintenir de bonnes relations avec l’ancien colon allemand, refuse de reconnaître le site.

En octobre 2000 une première rencontre officielle a lieu entre les Hereros et le Commissariat aux Droits de l’homme des Nations Unies: le génocide est sur le chemin de la reconnaissance historique. Puis, en 2004, le gouvernement allemand reconnaît sa responsabilité dans le génocide des Hereros, sans leur accorder pour autant de compensation financière. Enfin, en 2018, l’Allemagne a restitué des ossements à la Namibie mais n’a toujours pas présenté d’excuses.

En apprendre plus sur les génocides

Rendez-vous sur le site du Mémorial de la Shoah pour visiter « Le premier génocide du XXe siècle – Herero et Nama dans le Sud-Ouest africain allemand, 1904-1908 », une exposition virtuelle présentant le génocide dans de plus amples détails.

Vous pouvez en apprendre plus sur le sujet en lisant notre article Les dix étapes d’un génocide, à propos des différentes phases observables d’un génocide.

De plus, nous vous invitons à parcourir notre exposition virtuelle « Ensemble contre le génocide : comprendre, questionner, prévenir ». Elle examine de plus près quatre génocides du 20e siècle : le génocide arménien, l’Holocauste, le génocide au Cambodge et le génocide au Rwanda. Cette exposition propose également d’en connaître plus sur quatre situations contemporaines en contexte de violences croissantes : au Burundi, en Irak, au Soudan du Sud et au Myanmar.

Visiter l'exposition virtuelle