Les sauveteurs

Max Arno Kugler

Max raconte comment un fermier ukrainien a caché sa famille pendant la guerre.

Source : Musée de l’Holocauste Montréal, 1995 ; montage :  Musée de l’Holocauste Montréal, 2022.

Enfant unique, Max Arno Kugler est né en 1936 à Chernivtsi, Ukraine (anciennement Cernăuți, Roumanie). La ville est occupée par l’armée soviétique à l’été 1940. Les forces allemandes et roumaines reprennent la ville un an plus tard et une série de mesures anti-juives sont introduites peu de temps après. À l’automne 1941, des centaines de résidents juifs de la ville sont déportés à pied en Transnistrie. Ceux qui ne peuvent pas marcher assez vite sont battus et même tués. Max, ses parents et sa grand-mère sont forcés à marcher pendant des semaines jusqu’à ce qu’ils atteignent le camp de transit de Mogilev-Podol’skii.

Les conditions dans le camp sont terribles. Les gens vivent dans des maisons surpeuplées sans installations sanitaires et il y a très peu de nourriture. Beaucoup de prisonniers meurent de diverses maladies et de famine. Ils sont brutalement traités par les gardes roumains qui leur disent souvent qu’ils sont là pour mourir, pas pour survivre. Les gardes laissent les prisonniers faire un peu de commerce et travailler pour les fermiers ukrainiens qui vivant dans les environs. C’est ainsi que le père de Max, qui parle couramment ukrainien, trouve du travail chez un fermier ukrainien, qui lui donne de la nourriture pour sa famille. De temps en temps, il aide le fermier à transporter du sel pour l’armée allemande et l’aide à concevoir un stratagème pour voler des sacs de sel pour les revendre. La famille de Max passe un an dans ce camp.

En 1942, le fermier pour lequel travaille le père de Max décide de sauver la famille d’une mort certaine et la fait sortir clandestinement du camp. Une nuit, il fait un trou dans les barbelés et les emmène à sa ferme, dans son chariot. Ils vivent cachés à la ferme pendant près de deux ans. Max, qui a le même âge que les deux fils du fermier, se fait passer pour leur cousin et vit avec la famille dans leur maison. Ses parents et sa grand-mère sont cachés dans une pièce creusée sous le poulailler, recouverte d’une planche et de paille. Ils ne peuvent sortir que le soir quand il fait noir et que les enfants du fermier dorment. Le fermier leur apporte de la nourriture et ils se promènent pour s’étirer. C’est à ce moment que Max peut aller voir ses parents.

J’ai creusé une pièce sous le poulailler, a-t-il dit. Toute la journée, vous resterez [là]. La nuit, je vous ferai sortir pour une petite marche.
Max Arno Kugler

Max et sa famille quittent la ferme à l’été 1944. Ils décident de ne pas retourner à Tchernivtsi et se rendent à Bucarest, en Roumanie. À Bucarest, le père de Max gagne sa vie en vendant de la nourriture au marché noir. Ils quittent la Roumanie à la fin de 1947. Cela prendra trois mois pour traverser l’Europe de l’Est jusqu’à Rome, en Italie. La famille vit 9 mois dans la ville et comme les réfugiés n’ont strictement pas le droit de travailler, elle se rend à l’Armée du Salut pour prendre un repas chaud une fois par jour.

L’oncle paternel de Max, qui vit au Canada, parraine la famille et ils arrivent à Montréal en janvier 1949. Les premiers pas dans le nouveau pays sont difficiles pour toute la famille. Max connait des moments difficiles au cours des premières années à l’école primaire, mais les choses s’améliorent lorsqu’il commence l’école secondaire. Il étudie ensuite l’architecture à l’Université McGill. Le père de Max, après s’être essayé à quelques occupations différentes, achète une ferme près de Montréal. Plus tard, il trouve un emploi en construction et devient très prospère. Max épouse une juive montréalaise avec qui il aura trois enfants.

Découvrez un autre extrait du témoignage de Mila Mesner où elle raconte comment un ami non-juif a aidé sa famille pendant la guerre sur la chaîne YouTube du Musée de l’Holocauste Montréal.

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