D’avril à juin 1994, le génocide des Tutsi au Rwanda fait  environ 800 000 morts. Le génocide vise la minorité Tutsi, mais des milliers de Hutu qui s’opposent au régime seront aussi tués.

Situation avant le génocide des Tutsi au Rwanda

Hutu et Tutsi sont deux groupes très similaires peuplant le Rwanda : ils partagent la même langue et les mêmes traditions culturelles et religieuses.

En 1916, la Belgique prend le contrôle du Rwanda, alors une colonie de l’Empire colonial allemand. Trois ans plus tard, le Traité de Versailles attribue officiellement le Rwanda à la Belgique. En prenant appui sur des méthodes racistes pseudo-scientifiques, les autorités divisent et hiérarchisent la population sur la base de différences physiques. Ainsi, en vertu de mesures telles que la taille, la forme du nez et la couleur de la peau, les autorités coloniales désignent les Tutsi  comme étant supérieurs aux Hutu. L’accès à l’éducation et aux emplois administratifs leur est donc réservé. Ces discriminations entraînent un appauvrissement de la majorité hutu et son ressentiment à l’endroit de la minorité tutsi.

Dans les années 1930, les Belges imposent une distinction raciale rigide en instaurant un système de cartes d’identité qui indiquent si la personne détentrice est Hutu, Tutsi ou Twa. Cette politique contribue à la perception des divisions ethniques et raciales comme étant rigides et naturelles.

Carte d'identité rwandaise indiquant que son titulaire est tutsi

Carte d’identité rwandaise dont le détenteur est clairement identifié comme faisant partie de l’ethnie tutsi. Source : Kigali Genocide Memorial

En 1962, l’indépendance porte les Hutu au pouvoir. En 1963, des rebelles Tutsi tentent de renverser le régime du président Grégoire Kayibanda. Le régime parvient à mobiliser les Hutu en capitalisant sur la peur d’une tyrannie des Tutsi. Le président dépeint même ces derniers comme des cafards. Environ 20 000 Tutsi sont assassinés et 300 000 fuient le Rwanda. Ceux qui restent sont de plus en plus marginalisés.

La guerre civile

En 1987-1988, des exilés tutsi en Ouganda créent le Front patriotique rwandais (FPR), un mouvement politique et militaire. En 1990, environ un million de Tutsi du Rwanda vivent en exil. Le 1er octobre 1990, le FPR lance son offensive contre le régime du président hutu Juvénal Habyarimana. C’est le début de la guerre civile. Le parti du président Habyarimana, le MRND, crée les milices Interahamwe.

Couverture du magazine de propagande rwandais Kangura

Publié en kinyarwanda et en français, le magazine Kangura (Réveillez-vous) est un moteur pour le génocide publiant régulièrement des articles attisant la haine envers les Tutsi. Traduction: « Tutsi: Race des Dieux; Quelles armes allons-nous utiliser pour tuer tous ces cafards pour toujours? » Kangura, numéro 26, novembre 1991

Le 4 août 1993, Habyarimana et le FPR signent les accords d’Arusha (en Tanzanie) qui entérinent la fin de la guerre civile et prévoient le retour sécuritaire des réfugiés et la création d’un gouvernement de transition sous la supervision de l’ONU. Les Hutu considèrent ces accords comme une trahison et appellent au lynchage des Tutsi. Dès décembre 1993, la décision de massacrer les Tutsi est prise et les bourgmestres (chefs de village) distribuent des armes aux citoyens hutu. Les autorités lancent une campagne de propagande pour faire des Tutsi les bouc-émissaires et encourager leur persécution.

Faits déclencheurs du génocide

Le 6 avril 1994, l’avion transportant le Président rwandais Juvenal Habyarimana et le Président du Burundi, Cyprien Ntavymira, est abattu à Kigali. Dans les heures qui suivent, les gardes présidentiels lancent les représailles contre les leaders de l’opposition, les Hutu modérés et la population tutsi.

Le génocide des Tutsi au Rwanda

Les principaux décideurs du génocide sont issus de l’Hutu power, un mouvement hutu extrémiste fondé en 1993 et constitué de proches du président Habyarimana.

Le génocide est mis en œuvre grâce à la mobilisation locale. Les officiels locaux aident à regrouper les Tutsi dans des lieux permettant leur exécution (écoles, églises). La population hutu participe aux massacres. Les victimes sont principalement tuées à la machette. La radio gouvernementale soutient les Interahamwe et diffuse les noms et informations de Tutsi et de Hutu modérés. En 100 jours, environ 800 000 personnes sont massacrées.

Les femmes tutsi sont victimes de viols systématiques et publics. Environ 250 000 femmes auraient été violées et le deux tiers d’entre elles ont contracté le virus du SIDA.

Les actions du Hutu power ont fait l’objet d’une dizaine d’avertissements à l’ONU dont un provenant directement du commandant de la mission des Nations Unies d’assistance au Rwanda (MANUR). La mission sous commandement du lieutenant-général canadien Roméo Dallaire est en place à Kigali depuis octobre 1993.

Fin du génocide

Le 4 juillet 1994, le FPR prend le contrôle de la capitale, Kigali, et l’armée hutu se réfugie dans la zone de sécurité établie par la France. 2 millions de Hutu fuient vers le Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo) et la Tanzanie.

Le 19 juillet 1994, un nouveau gouvernement multiethnique est mis en place et on promet aux réfugiés un retour sécuritaire au pays.

Après le génocide

Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) est créé à Arusha en novembre 1994. Le TPIR a condamné 61 personnes pour génocide et d’autres violations graves du droit humanitaire. Il a aussi été le premier tribunal international à reconnaître le viol comme arme de génocide et à déclarer coupables des membres des médias pour propagande incitant au génocide.

Logo du Tribunal pénal international pour le Rwanda

La participation de la population au génocide des Tutsi au Rwanda rend difficile le jugement de tous les coupables : Plus de 100 000 personnes ont été emprisonnées dans les années suivant le génocide.

Les tribunaux ordinaires sont aussi compétents pour juger les auteurs présumés du génocide. Enfin, la justice se fait dans les Gacaca, associations villageoises dont le fonctionnement repose sur l’aveu public. Le recours à cette forme de justice traditionnelle va dans le sens d’un processus de réconciliation nationale.

Reconnaissance du génocide

Il faut attendre 1999 pour que l’ONU admette sa responsabilité dans le génocide. Un rapport indépendant commandé par le secrétaire général de l’organisation, Kofi Annan, dénonce l’ignorance des preuves de l’élimination planifiée, le manque d’intervention au début des massacres et l’abandon des victimes.

Pour aller plus loin

Exposition virtuelle du Musée « Ensemble contre le génocide: comprendre, questionner, prévenir »

Programme de communication sur le Génocide au Rwanda et les Nations Unies

Exposition virtuelle du Mémorial de la Shoah sur le génocides des Tutsi au Rwanda 

Les moments du génocide expliqués par l’organisme montréalais Page Rwanda