L’antisémitisme[1] existe depuis plus de deux mille ans. Il a pris différentes formes selon les époques : religieuses, économiques, politiques ou raciales.

Au fil du temps, ces préjugés se sont renforcés et adaptés, de l’Antiquité au Moyen Âge, jusqu’à culminer durant l’Holocauste.

Aujourd’hui, l’antisémitisme persiste et se propage facilement grâce aux réseaux sociaux et aux discours complotistes. Comprendre ses racines et ses manifestations est essentiel pour mieux le combattre.

Voir la définition opérationnelle de l’antisémitisme de l’IHRA

Cet article présente 10 exemples concrets d’antisémitisme, du passé à aujourd’hui. Ils montrent comment les mêmes mythes se transforment mais continuent d’alimenter la haine envers les Juifs.[2]

[1] Nous utilisons le terme « antisémitisme » pour désigner spécifiquement la haine envers les Juifs. Cette forme unique ne fait pas référence à une opposition contre un groupe « sémite » en général, mais se concentre sur les Juifs. Ce choix évite l’ambiguïté et s’aligne avec le sens établi. Le terme lui-même fut forgé à la fin du XIXe siècle par Wilhelm Marr et d’autres militants antijuifs européens, qui voyaient dans les Juifs un corps étranger à l’Europe et revendiquaient ainsi l’« antisémitisme » comme bannière idéologique. Plus d’informations
[2] Le 2 mai 2024, Alex Maws (https://ajr.org.uk/team/alex-maws/) de l’association des réfugiés juifs nous a présenté 10 exemples de manifestation d’antisémitisme contemporain. Ceci est une adaptation de son intervention.

1. Antisémitisme religieux

Rejet des Juifs fondé sur des mythes et discriminations religieuses.

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Contexte d’émergence : L’antijudaïsme existe déjà dans le monde gréco-romain, comme l’illustrent les émeutes d’Alexandrie en l’an 38. Avec le christianisme, il prend une dimension théologique : les Juifs sont présentés comme témoins d’une alliance révolue.

Dès le premier millénaire, l’Église chrétienne tenait les Juifs pour responsables de la crucifixion de Jésus. À mesure que le christianisme se répandait à travers l’Europe, les Juifs et leurs pratiques religieuses différentes étaient perçus comme une menace.

Au Moyen Âge, les persécutions s’intensifient dans l’Europe chrétienne avec expulsions, violences et discriminations. Dans le monde islamique, les Juifs vivent sous le statut de dhimmi, soumis à un impôt spécial (jizya) et à des restrictions sociales. Bien que les contextes diffèrent, ces règles consacrent une hiérarchie religieuse et sociale.

Ces représentations négatives nourrissent encore aujourd’hui des stéréotypes et théories du complot qui associent les Juifs à des forces maléfiques.

Exemple historique : Gravure du 18e siècle montrant Judas en train de trahir Jésus pour 30 pièces.

Figure 1 connu. La trahison de Juda envers Jésus [gravure sur papier en noir et blanc]. H : 29.7 cm x W : 22.3. Musée de l’Holocauste de Montréal. Montréal, Québec, Canada.

La gravure principale représente la trahison de Judas envers Jésus. Cela a été raconté dans l’Évangile de Matthieu. On lui offre 30 pièces en échange de sa dénonciation de Jésus. L’écrit dit : Judas vend Jésus pour 30 deniers (pièce d’argent romaine).

Exemple contemporain : Les récentes descriptions sataniques des Juifs par Marjorie Taylor Greene, mêlant préjugés religieux et raciaux.

Figure 2 : Kampeas, R. (2024). Taylor Greene: Antisemitism bill rejects “Gospel” that Jews handed Jesus to executioners. The Times of Israel. https://www.timesofisrael.com/taylor-greene-antisemitism-bill-rejects-gospel-that-jews-handed-jesus-to-executioners/.

Cette capture d’écran représente une publication de Taylor Greene sur X (anciennement Twitter). La politicienne y inclut deux photos. La première représente une partie du projet de loi qui adopte, dans le cadre de sa définition de l’antisémitisme, les 11 « exemples contemporains d’antisémitismes » fournis par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste. La deuxième photo met en évidence le neuvième exemple : « utiliser les symboles et les images associés à l’antisémitisme classique (par exemple, les allégations de Juifs tuant Jésus ou la diffamation de sang) pour caractériser Israël ou les Israéliens. » Ces photos sont accompagnées d’un texte rédigé par Taylor Greene, qui écrit : « L’antisémitisme est mal, mais je ne voterai pas pour la Loi sur la sensibilisation à l’antisémitisme de 2023 (H.R. 6090) aujourd’hui, car elle pourrait condamner les chrétiens d’antisémitisme pour avoir cru à l’Évangile, qui dit que les Juifs ont remis Jésus à Hérode pour être crucifié. »

 

2. L’accusation du meurtre rituel

Les Juifs utiliseraient le sang d'enfants non juifs dans leurs rituels.

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Contexte d’émergence : En 1144, à Norwich en Angleterre, le moine Thomas de Monmouth accuse à tort les Juifs d’avoir tué l’enfant William pour un rite religieux.

Ce mythe du « meurtre rituel » se répand en Europe médiévale et sert à justifier expulsions, pogroms et massacres. Il installe durablement l’idée que les Juifs seraient dangereux pour les autres.

Aujourd’hui encore, certains groupes extrémistes recyclent cette accusation mensongère, notamment en ligne, pour dépeindre les Juifs comme prédateurs.

Exemple historique : Un exemplaire du journal nazi Der Stürmer reprenant cette fausse accusation

Figure 3 : Der Stürmer. (1939). Ritualmord. United States Holocaust Memorial Museum. Washington, District of Columbia, United States. https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/photo/front-page-of-the-most-popular-issue-ever-of-der-stuermer.

Première page du numéro le plus populaire de la publication nazie, Der Stürmer, avec une réimpression d’une représentation médiévale d’un prétendu meurtre rituel commis par des Juifs.

Exemple contemporain : La propagande antisémite moderne et les réseaux sociaux perpétuent le récit du meurtre rituel.

Figure 4 : Schorr, I. (2024). Candace Owens Endorses Wild, Anti-Semitic Conspiracy Theory About Jews Being Drunk on Christian Blood. Media ITE. Candace Owens Likes Post Promoting Anti-Semitic Blood Libel.

À la suite d’un débat sur la plateforme X entre des Juifs et des antisémites, l’un de ces derniers, pour insulter un rabbin, a fait référence au stéréotype selon lequel les Juifs pratiqueraient des rituels de meurtre d’enfants chrétiens pour boire leur sang. Cette publication se traduit par : « Il est dit le 20 février, Rabin. Êtes-vous à nouveau ivre de sang chrétien ? ».

3. Les Juifs et l’argent

Accusation de contrôle financier par les Juifs.

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Contexte d’émergence : En Europe médiévale, il est interdit aux chrétiens de prêter de l’argent et de percevoir des intérêts. Les Juifs, exclus des guildes et privés de terres, se tournent souvent vers le prêt d’argent, essentiel au commerce médiéval.

Ils ne sont pas les seuls à exercer cette activité : les banquiers lombards le font aussi, mais seuls les Juifs sont stigmatisés. La colère des débiteurs se transforme en accusations généralisées et en persécutions.

Avec la modernité, certaines familles juives deviennent influentes en finance. Leur réussite est instrumentalisée pour renforcer l’image antisémite d’un « contrôle juif » de l’économie, stéréotype toujours répandu.

Exemple historique : Illustration antisémite tirée du livre « Le Juif dans la caricature ».

Figure 5 : Fuchs, E. (1921). Der jüdische Geizhals [illustration imprimée]. H : 70.9 cm x W : 51.36 cm x D : 3.8 cm. Musée de l’Holocauste Montréal. Montréal, Québec, Canada.

Cette image, intitulée « L’avare Juif », montre un Juif en possession de plusieurs sacs remplis de pièces de monnaie.

Exemple contemporain : La caricature mensongère alléguant que la famille de Jacob Rothschild contrôle les banques centrales mondiales.

Figure 6 : Magnora7. (2015). Rothschild [image en ligne]. https://www.ajc.org/translatehate/Rothschild

Une caricature antisémite dépeignant la famille Rothschild comme un cochon qui nourrit les services de renseignements de pays, incluant des groupes terroristes islamiques.

4. Les théories du complot

Les Juifs comploteraient pour contrôler les institutions mondiales.

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Contexte d’émergence : Depuis le milieu du XIXᵉ siècle, la Russie a connu plusieurs tentatives de révolutions communistes. En 1905, la police secrète du Tsar a forgé une conspiration accusant faussement les Juifs d’utiliser le communisme pour renverser les gouvernements d’Europe et contrôler les institutions mondiales.

Cette conspiration mensongère, intitulée « Les Protocoles des Sages de Sion », va être éditée plusieurs fois par la police secrète du Tsar. Ce texte est un document frauduleux qui prétendait être le compte rendu de réunions tenues par un groupe appelé les « sages de Sion », qui complotaient pour contrôler le monde. Cette fausse accusation antisémite utilise des termes codés tels que « globalistes » ou « élites cosmopolites » pour attaquer les Juifs.

Ces théories du complot continuent de circuler sur Internet à travers des discours haineux et des mèmes qui en amplifient la portée.

Exemple historique : Le faux document russe de 1905 « Les Protocoles des Sages de Sion, » alléguant une domination mondiale juive.

Figure 7 : Rosenberg, A. (1923). Die Protokolle der Weisen von Zion [page de livre imprimé]. H 8,75 cm x W : 6 cm x D : 0,75 cm. Musée de l’Holocauste de Montréal. Montréal, Québec, Canada.

Réimpression allemande des Protocoles des Sages de Sion utilisée comme publication de propagande nazie. L’auteur, Alfred Rosenberg, était l’un des idéologues nazis les plus importants.

Exemple contemporain : Les affirmations selon lesquelles George Soros, un philanthrope juif, contrôle les événements mondiaux.

Figure 8 : American Jewish Committee. Translate Hate Glossary: Puppet Master. American Jewish Committee. https://www.ajc.org/translatehate/puppet-master.

Cette image est une caricature politique antisémite. Elle montre une main marionnettiste représentant les Rothschild, qui contrôle le philanthrope George Soros, lequel contrôle à son tour deux dirigeants militaires américains.

5. Diffamation raciale

Les Juifs seraient une race inférieure.

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Contexte d’émergence : Au Moyen Âge, l’Église représente les Juifs avec des traits caricaturaux, comme le nez crochu. En Espagne, les lois de sang interdisent mariages mixtes entre « vieux chrétiens » et convertis juifs.

Au XXᵉ siècle, les nazis transforment ces préjugés en pseudo-science raciale. Les lois de Nuremberg classent les Juifs comme « race inférieure », justifiant exclusion et extermination.

Cette propagande reprend des images médiévales et continue d’inspirer mèmes antisémites en ligne, perpétuant l’idée d’une infériorité raciale.

Exemple historique : un livre pour enfant publié et distribué à l’époque de l’Allemagne nazie.

Figure 9 : Bauer, E. (1936). Trau Keinem Fuchs Auf gruener Heid Und Keinem Jud bei seinem Eid ! [illustration imprimée]. Musée de l’Holocauste Montréal. Montréal, Québec, Canada.

Ces caricatures opposent un Allemand issu de la race « aryenne » à un Juif. À gauche, nous pouvons voir un beau jeune homme blanc, musclé et blond, qui est fermier et incarne des valeurs traditionnelles. À droite, une représentation d’un marchand ou homme d’affaires juif, dépeint comme gros et petit, qui fume et qui a avec la peau basanée, un gros nez, des lunettes et une calvitie sur le dessus de sa tête. Ces images visent clairement à montrer la perfection et les bonnes valeurs des Allemands, tandis que les Juifs, d’une race inférieure, sont représentés comme imparfaits, cupides et maladifs.

Exemple contemporain : Le mème du « marchand heureux » perpétue des stéréotypes négatifs sur les Juifs.

Figure 10 : Wyatt Mann, A. Happy Merchant [image en ligne]. Wikipedia commons. https://www.adl.org/resources/hate-symbol/happy-merchant.

En tant qu’image antisémite la plus répandue sur Internet, le « marchand souriant » sert à véhiculer à la fois des stéréotypes anciens et contemporains. Il incarne notamment l’idée d’un contrôle juif sur le monde, la cupidité attribuée aux Juifs, la négation de l’Holocauste, ainsi qu’un blâme global pour divers enjeux mis de l’avant par les suprémacistes blancs, tels que le « mélange des races », le féminisme et la communauté LGBTQ.

Figure 11 : Truthingplayer. Deconstruction Zone: The conspiracy trap. Australia/Israel and Jewish Affairs Council. Deconstruction Zone: The conspiracy trap – AIJAC.

Une mème internet d’extrême droite qui démontre des Juifs caricaturaux responsables et au pouvoir de toutes les industries, institutions ou idées que l’extrême droite déteste.

6. La déloyauté

Les Juifs sont accusés d’être plus loyaux envers Israël ou leur communauté qu’envers leur pays de citoyenneté.

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Contexte d’émergence : Cette accusation prend forme en France avec l’affaire Dreyfus (1894-1906). L’officier juif Alfred Dreyfus est accusé à tort d’espionnage au profit de l’Allemagne.

Son procès révèle la force d’un préjugé où antisémitisme et nationalisme se mêlent, désignant les Juifs comme suspects permanents.

Aujourd’hui encore, certaines figures publiques juives sont accusées de « double loyauté » au profit d’Israël, alimentant méfiance et marginalisation.

Exemple historique : Le mythe du « coup de poignard dans le dos » dans l’Allemagne d’après la Première Guerre mondiale, accusant les Juifs de trahir l’Allemagne.

Figure 12 : Inconnu. (1919). Stab in the back [image en ligne]. Wikipedia commons. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Stab-in-the-back_postcard.jpg.

Cette image illustre le mythe du « coup de couteau dans le dos ». Ce mythe soutient que les Allemands ont perdu la Première Guerre mondiale en raison de la trahison de certains citoyens, notamment des Juifs socialistes, qui auraient conspiré sur le front intérieur en provoquant des révoltes, des grèves et des troubles sociaux pour nuire à l’effort de guerre allemand.

L’illustration est ambiguë quant au sexe de la personne représentée : elle présente des seins, mais des mains et un visage plutôt masculin. Cette ambiguïté reflète un stéréotype courant de l’époque, selon lequel les Juifs troublaient non seulement l’ordre politique mais aussi l’ordre du genre, renforçant la perception d’une menace totale et déstabilisante pour la société allemande.

Exemple contemporain : Une déclaration de Dimitri Lascaris, avocat, journaliste et militant canadien[1], remettant en question la loyauté des Juifs envers leur pays.

[1] Dimitri Lascaris est un avocat, journaliste et militant canadien propalestinien. https://dimitrilascaris.org
Figure 13 :  Goldenberg, J. (2018). Housefather hits back at dual loyalty smear. The Suburban. Housefather hits back at dual loyalty smear | City News | thesuburban.com.

Cette capture d’écran d’une publication relate l’incident où le président du comité canadien pour la Justice et la Paix a publié un commentaire sur X, accusant les députés juifs libéraux Anthony Housefather et Michael Levitt d’être davantage dévoués à Israël qu’à leur propre premier ministre et à leurs collègues dans le caucus libéral.

7. La théorie du Grand Remplacement

Les Juifs orchestreraient le remplacement des populations blanches.

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Contexte d’émergence : Cette théorie a pris racine dans le livre « Le Grand Remplacement » du français Renaud Camus en 2011. À l’origine, bien que raciste, la théorie de Camus n’impliquait pas les Juifs[1].

À la fin des années 2010, des suprémacistes blancs vont reprendre cette théorie et ajouter une dimension antisémite. Les Juifs sont alors accusés de manipuler les migrations et de vouloir provoquer l’extinction des Blancs.

Exemple contemporain : Le slogan « Les Juifs ne nous remplaceront pas » lors du rassemblement Unite the Right en 2017, reflète l’itération moderne de la théorie.

[1] https://www.adl.org/resources/backgrounder/great-replacement-explainer
Figure 14 : American Jewish Committee. Translate Hate Glossary: Great Replacement. American Jewish Committee. https://www.ajc.org/translatehate/great-replacement.

Les nationalistes blancs et les manifestants d’extrême droite ont scandé « Les Juifs ne nous remplaceront pas » lors du tristement célèbre rassemblement Unite the Right de 2017 à Charlottesville, en Virginie. Ces propos haineux sont motivés par la théorie du complot du Grand Remplacement blanc, qui prétend que les Juifs visent l’extinction des Blancs à travers la promotion de l’immigration non blanche de masse, le mariage interracial, etc. Cette théorie a été mise en avant lors du rassemblement Unite the Right, d’où cette image est tirée.

8. Négation, Distorsion et/ou glorification de l’Holocauste

Minimiser, justifier ou nier le génocide des Juifs.

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Contexte d’émergence : Les nazis nient l’Holocauste, qu’ils considèrent comme un secret d’État, et détruisent autant de documents que possible. Malgré leurs efforts, des preuves sont récupérées, montrant l’ampleur du génocide et les crimes perpétrés contre les Juifs.

Aujourd’hui encore, certains individus ou groupes continuent de minimiser ou de déformer l’Holocauste, voire de le glorifier publiquement.

Ces distorsions servent souvent à soutenir des agendas idéologiques, comme l’antisémitisme, l’extrémisme politique ou la diffusion de théories conspirationnistes. Elles banalisent la souffrance des victimes et exploitent leur traumatisme à des fins idéologiques.

Exemple historique : Pamphlet du négationniste canadien Ernzst Zundel.

Figure 15: [Holocaust denial sticker]. October 17, 1994. White nationalist and antisemitic propaganda collection, 1996.029.009. https://collections.vhec.org/Detail/objects/1238.

Cet autocollant fait partie de la propagande antisémite et nationaliste diffusée dans les années 1990. Il reprend les thèmes de la négation de l’Holocauste, visant à minimiser, contester ou réécrire l’histoire du génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le texte qui l’accompagne est attribué à Ernst Zündel, un militant néo-nazi et négationniste de l’Holocauste d’origine allemande, connu pour ses publications et campagnes visant à remettre en cause les preuves du génocide. Ses écrits cherchaient à réhabiliter l’idéologie nazie et à propager des thèses antisémites, exploitant la mémoire des victimes à des fins idéologiques.

Exemple contemporain : Distorsion de l’Holocauste pour justifier des politiques actuelles ou faire de fausses équivalences, comme l’utilisation d’images de l’Holocauste dans les débats sur la COVID-19.

Figure 16 : Steele, A. (2021). Disgust growing over vaccine protesters’ Holocaust comparisons. CBC News. Disgust growing over vaccine protesters’ Holocaust comparisons | CBC News.

Pendant la pandémie, certains citoyens canadiens et américains antivaccins osaient comparer l’obligation de vaccination au sort des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, assimilant les gouvernements au parti nazi.

Plus d’informations : IHRA – Définition du déni et de la distorsion de l’Holocauste : https://holocaustremembrance.com/what-we-do/focus-areas/holocaust-denial-and-distortion

 

9. La haine exprimée envers tous les Juifs dissimulée derrière l’antisionisme et la critique d’Israël.

Conflation antisémite, antisionisme et les « trois D ».

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Contexte historique : Souvent considéré comme le « nouvel » antisémitisme, la haine des Juifs peut parfois se masquer derrière la critique d’Israël, le seul État juif au monde.

Il est important de noter qu’il n’est pas antisémite de critiquer les politiques et les gouvernements israéliens.

Cependant, lorsque les Juifs sont tenus collectivement responsables des actions du gouvernement israélien, il s’agit d’une forme d’amalgame antisémite.

De plus, lorsque la critique du sionisme, parfois appelée antisionisme, promeut l’idée qu’Israël n’a pas le droit d’exister, cela est antisémite. Le sionisme est la croyance dans le droit du peuple juif à l’autodétermination dans sa patrie ancestrale.

Contexte d’émergence : L’antisionisme apparaît dès la création de l’État d’Israël en 1948, mais il se radicalise à partir de la guerre des Six Jours en 1967. En Union soviétique, la propagande antiaméricaine utilise le terme « sionistes » pour diaboliser et déshumaniser les Juifs, masquant ainsi son antisémitisme.

Natan Sharansky décrit trois « D » qui servent à identifier les cas d’antisémitisme dissimulés derrière la critique d’Israël :

  • Délégitimation : La critique remet-elle en question le droit d’Israël à exister ?
  • Diabolisation : La critique présente-t-elle les Israéliens de manière déshumanisante ou diabolique?
  • Double standard : La critique applique-t-elle des standards spécifiques à Israël qui ne sont pas appliqués à d’autres pays ?

Exemple historique : Utilisation de la rhétorique antisioniste pour diaboliser les Juifs.

Figure 17 : Caricature issue du livre soviétique « Poison of Zionism » publié après 1983. Yeshiva University Libraries Digital Collection, https://digital.library.yu.edu/object/digital3877.

Dans cette caricature, on retrouve une critique antiaméricaine remplie de préjugés antisémites. L’étoile de David et l’araignée représentent Israël, et/ou plus largement les Juifs, qui est faussement accusé de contrôler et conspirer avec le gouvernement américain et les banques pour faire de l’argent.

Exemple contemporain : Conflation antisémite et vandalisme au Monument national de l’Holocauste du Canada.

Figure 20: CBC News June 9, 2025 | “National Holocaust Monument in Ottawa defaced with ‘feed me’ graffiti” Campbell MacDiarmid

En 2025, alors que le conflit s’intensifiait à Gaza, le Monument national de l’Holocauste a été dégradé à la peinture rouge. Cet acte est un exemple d’amalgame : il suggère que les Juifs canadiens, ou la mémoire des victimes de l’Holocauste, sont responsables de la situation humanitaire actuelle au Proche-Orient. En ciblant un lieu sacré pour la communauté juive locale, cet acte déplace le débat politique vers une attaque contre l’identité et l’histoire des Juifs.

10. Effacement

Exclusion des Juifs du discours antiraciste et ignorance de leur vulnérabilité.

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Contexte d’émergence : Après 1948, environ 850 000 Juifs fuient les discriminations au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Iran, beaucoup rejoignent Israël. Dans les années 1950, Israël accueille ces réfugiés dans des maabarot (camps de transit), où vivent aussi des survivants venus d’Europe orientale.

Après 1967, la propagande soviétique présente les Juifs comme des oppresseurs et diffuse cette vision dans plusieurs mouvements antiracistes internationaux. Certains courants du nationalisme arabe utilisent l’analogie de la colonisation française en Algérie pour présenter les Juifs comme des occupants étrangers, niant ainsi leur lien historique avec la terre et justifiant l’idée d’un départ forcé.

Progressivement, certains discours antiracistes excluent les Juifs, nient leur vulnérabilité et vont jusqu’à les comparer aux nazis dans une inversion accusatoire.

Exemple historique : La propagande soviétique décrivant le sionisme comme impérialiste et ignorant la vulnérabilité juive.

Figure 21 : A. Zenin. (1972). « In is own image », Sovietskaya Moldavia.

Dans cette caricature soviétique, un homme d’âge moyen y est dépeint avec des traits juifs stéréotypés tenant une hache ensanglantée. Son ombre prend la forme d’Adolf Hitler. L’ombre de l’étoile de David devient une croix gammée.

Exemple contemporain : Exclusion des Juifs du discours antiraciste et leur perception comme des oppresseurs ou des élites puissantes.

Figure 22 : Saletan, W. (2023). Two-Thirds of Americans 18-24 Believe That Jews Are Oppressors. The National Review. Two-Thirds of Americans 18-24 Believe Jews Are Oppressors | National Review.

Cette capture d’écran présente une publication résumant les résultats d’un nouveau sondage de Harvard et Harris. Les résultats, présentés sous forme de tableau et de diagramme circulaire, montrent que 67 % des jeunes américains déclarent être d’accord avec l’énoncé : « Les Juifs, en tant que groupe, sont des oppresseurs et devraient être traités comme des oppresseurs ».

Conclusion :

L’antisémitisme a changé de forme au fil des siècles, mais il reste bien présent aujourd’hui. Pour le combattre, il faut miser sur l’éducation, la vigilance face aux discours de haine et la solidarité entre communautés. Chacun peut agir, en refusant les stéréotypes et en soutenant une société fondée sur la dignité et le respect de tous.

Pour en savoir plus :

Téléchargez notre guide de référence sur l’antisémitisme au Canada : https://museeholocauste.ca/fr/activites/breve-histoire-antisemitisme-canada/